Comment intégrer l’IA de façon responsable dans une entreprise ? [Guide Complet]

« Ne pas rater le train de l’IA ».

« Nous ne voulons pas être dépassés par les concurrents qui exploitent l’IA ».

Voici quelques verbatims de dirigeants d’entreprises à l’heure ou l’IA est omniprésente dans l’actualité.

Dans cet article détaillé, je vous propose de nous pencher sur une stratégie pour intégrer l’IA dans une organisation.

Mais pas de n’importe quelle manière. L’objectif n’est pas de vendre de l’IA.

Ni de confondre vitesse et précipitation.

Il s’agit d’évaluer les risques en priorité avant de se lancer.

Car les incertitudes sont nombreuses : perte de données sensibles, hallucinations, coût incontrôlé des licences, AI Act, etc.

D’autant plus que l’IA est déjà largement utilisée par les professionnels et les dirigeants selon une étude Microsoft/YouGov.

Mais sans la gouvernance et l’encadrement nécessaires. C’est le fameux « Shadow AI ».

 Source: Microsoft/Yougov, via LeMondeInformatique.fr

Pourquoi l’IA est difficile à intégrer en entreprise ?

Avez-vous déjà lu certaines études présentant l’échec de l’IA en entreprise ?

Celle du MIT (Massachusetts Institute of Technology) avait fait beaucoup de bruit.

Et pour cause !

Elle conclut que 95% des projets-pilotes en IA générative n’atteignent pas de ROI mesurable… (source : rapport MIT NANDA « State of AI in Business 2025 »).

De quoi refroidir les ardeurs…

En me basant sur diverses lectures, voici un résumé des raisons qui expliquent l’échec de l’IA en entreprise :

  • L’instabilité des modèles d’IA : malgré des performances séduisantes, la réalité du terrain est différente : trop d’hallucinations et d’erreurs qui mettent en péril la réputation des entreprises.
  • Les workflows (process) de l’entreprise ne sont pas adaptés pour intégrer l’IA : il faut d’abord revoir les workflows avant d’envisager d’intégrer l’intelligence artificielle. Dans le cas contraire, l’IA amplifiera les effets négatifs de process défaillants…
  • Données internes dispersées, difficiles d’accès ou insuffisantes pour entraîner les modèles.
  • Projet non relié à un besoin concret et mesurable de l’entreprise.
  • Infrastructure informatique obsolète et insuffisante : un équipement adapté est indispensable si vous souhaitez garder le contrôle sur vos données en interne.
  • Projet non relié à un besoin précis et mesurable de l’entreprise : dire simplement que l’IA servira à gagner en productivité n’est pas suffisant. Il faut identifier le périmètre d’action et surtout, prévoir comment le mesurer par la suite !
  • Pression des directions qui pousse à lancer des projets trop vite et sans supervision.
  • Compétences internes insuffisantes ou non actualisées : les outils changent leurs modèles rapidement. Une formation sur un outil aujourd’hui peut devenir obsolète dans quelques mois…
  • Une résistance au changement : modifier les habitudes de travail risque inéluctablement de provoquer de la résistance chez certains collaborateurs.

6 étapes clés pour intégrer l’IA en entreprise

Afin de mener à bien un tel projet, il faut se poser les bonnes questions.

A l’image de ce que vous faites avec les chatbots d’IA : C’est en prenant le temps de poser les questions pertinentes que l’on obtient les meilleures réponses.

Voici les 6 étapes :

1. Définir les cas d’usage

Ne vous lancez pas dans un projet d’intégration de l’IA sur l’ensemble de vos activités.

C’est inutile, voire dangereux. Car déployer l’IA à grande échelle est sujet à trop d’incertitudes.

Il faut commencer par un POC (Proof of Concept).

Tester l’IA sur un cas d’usage délimité. Vous êtes en mode « Test & Learn ».

Voici les questions à vous poser :

  • Est-ce que ces cas d’usage sont liés aux objectifs prioritaires de l’entreprise ?
  • Les données requises pour ce cas d’usage sont-elles disponibles, pertinentes et à jour ?
  • Existe-t-il un(e) responsable de la donnée (data owner) dans l’organisation ?
  • Est-ce que le bénéfice attendu est mesurable et validé par les parties prenantes ?
  • Etes-vous sûr que les cas d’usage relèvent de l’IA et non de l’automatisation ?

Définir les objectifs prioritaires :

La méthode OKR (Objectives and Key Results), bien connue dans le domaine du management, est très utile.

Elle permet de mieux définir vos objectifs en les reliant à des résultats clés mesurables.

En savoir plus sur cette méthode sur le site de Asana.

Fournir des données qualitatives à l’IA :

La donnée est l’or du 21ème siècle, vous le savez sans doute.

Qu’est-ce qu’une donnée qualitative ?

Elle respecte trois critères :

  • Pertinence : elle est exacte et non biaisée ;
  • Exhaustivité : elle est complète ;
  • Récence : elle est à jour.

Ce dernier critère lié à la fraicheur met en avant un point clé : la donnée suit un cycle, elle n’est pas figée.

cycle-de-vie-donnee

Source : https://libeo.com/publications/sur-quels-outils-peut-on-compter-pour-gerer-ses-donnees/

Parvenir à bien gérer les données est donc essentiel avant de lancer un projet d’intégration de l’IA.

Pour aller plus loin, voici un arbre décisionnel réalisé par HEC Montréal qui vous guidera :

L’importance du « Data Owner » :

Un problème récurrent que l’on peut relever en entreprise est l’absence d’un responsable de la donnée.

Si c’est une grande organisation, il faut même un data owner par département ou Business Unit.

C’est un rôle clé qui veillera justement à la qualité des données. Et un interlocuteur lorsque la question de « qui est responsable de la donnée » est posée !

IA vs. Automatisation :

Parfois, le projet envisagé relève davantage de l’automatisation.

Comment différencier IA et automatisation ?

Trois critères caractérisent l’intelligence artificielle :

  • L’autonomie
  • L’adaptabilité
  • L’entrainement sur des données

L’autonomie et l’adaptabilité sont bien sûr relatives. L’IA doit toujours être pilotée et très encadrée.

Quant à l’automatisation, elle exécute des règles définies à l’avance avec un fonctionnement similaire. C’est un dispositif bien moins complexe…

2. Evaluer les risques

C’est un point crucial, souvent sous-estimé.

Pourquoi ?

Le discours ambiant sur l’IA met souvent en avant les performances de ces outils.

Il est alimenté par des benchmarks (études de performances) et des relais d’influence très présents.

Même s’ils sont bluffants, les modèles présentent un certains nombre de défaillances et de risques.

Voici les questions à vous poser :

  • Quel est le niveau de risque si le modèle se trompe (réputation, qualité, sécurité, conformité) ?
  • Le projet introduit-il une dépendance critique à un fournisseur ou à une technologie difficile à remplacer ?
  • En cas de dérive du modèle, y a-t-il une procédure de reprise immédiate sans l’IA ? (comme le pilotage automatique dans un avion qui peut être désactivé sans risque)
  • Quel mécanisme de cybersécurité pour prévenir les attaques ?

En Europe, une tentative de régulation de l’IA s’est matérialisée avec l’AI Act.

Une règlementation visant à limiter les risques et dérives de l’IA.

Ne pas prendre en compte et suivre l’évolution de la législation peut être fatal à votre projet.

Non seulement parce que votre projet peut représenter un risque incompatible avec les règles européennes.

Mais aussi à cause d’une remise en cause potentielle de l’outil utilisé dans votre stratégie d’IA.

Il n’est pas impensable en effet que ChatGPT ou Gemini soient interdits à l’avenir en Europe.

Voici le schéma qui explique les différents risques :

ia-act-risques-definition-ia

La matrice des risques est également une méthode intéressante pour estimer la probabilité et la gravité d’un risque.

matrice-des-risques

3. Choisir les outils et licences

C’est un autre point déterminant dans votre stratégie.

Le paysage de l’IA est marqué par une concurrence accrue.

La notoriété d’un outil (comme ChatGPT ou Google Gemini) n’implique pas qu’il est pertinent pour vous.

De plus, la multiplication des offres complexifie ce choix.

Les tarifs varient également si la facturation est basée sur un forfait ou par token (jeton).

Voici les questions à vous poser :

  • Est-ce que ces outils répondent aux besoins spécifiques de l’entreprise ?
  • Les solutions envisagées respectent-t-elles les exigences de sécurité et/ou de conformité dans votre secteur ?
  • Est-ce que les droits et les restrictions sont définis pour les collaborateurs ?
  • Quelle personne sera la « référente IA » pour la gestion des licences de ces outils ?
  • Quel est le budget que vous êtes prêt à consentir pour ce projet ?

Quelle est la différence entre un LLM « propriétaire » et un LLM « auto-hébergé » ?

Le LLM (Large Langage Model) désigne l’outil d’IA basé notamment sur l’entrainement des données. Voici la définition plus précise.

C’est un choix qui impacte le coût, la souveraineté et la conformité.

Voici brièvement les avantages et limites liés à chaque type d’outil :

Le LLM propriétaire (externe à votre organisation) :

Avantages :

  • Activation rapide : c’est l’avantage clé d’utiliser ChatGPT, Claude.ai, Gemini, etc.
  • Aucun besoin d’infrastructure ou de compétences techniques avancées.
  • Mises à jour gérés par le prestataire.

Limites :

  • Les données sont stockées par le prestataire.
  • Dépendance forte au fournisseur (coûts, évolutions, disponibilité).
  • Coûts qui augmentent avec l’usage (paiement au volume).
  • Complexité (voire impossibilité) d’adapter la solution à des besoins sur-mesure.

Le LLM auto-hébergé (on-premise) :

Avantages :

  • Les données restent dans l’entreprise : contrôle et souveraineté.
  • Maîtrise des coûts à long terme (usage intensif).
  • Possibilité de personnaliser l’outil selon les besoins industriels.

Limites :

  • Installation plus longue et complexe.
  • Nécessite certaines compétences techniques internes ou un partenaire fiable.
  • Demande un investissement initial plus élevé.

Infographie générée via NotebookLM (Google)

Ce choix dépend du type de structure (une PME n’aura pas les moyens ni les besoins d’une grande entreprise).

Le secteur d’activité sera aussi déterminant : si vous exercez dans la santé, l’exigence de conformité sera plus élevé.

Au delà du choix binaire « Propriétaire » VS « Auto-hébergé », il existe des techniques qui combinent vos propres données avec un outil externe.

  1. Le RAG :

Si vous optez pour un modèle propriétaire, il est possible de lui fournir vos propres ressources documentaires pour des réponses plus contextualisées.

C’est la technique du RAG (Retrieval-Augmented Generation) :

Retrieval-Augmented-Generation-RAG

Source : educba.com/retrieval-augmented-generation/

2. Le Fine-Tuning de LLM :

Cette solution, plus coûteuse à mettre en place, consiste à personnaliser en partie les données d’entrainement du LLM.

L’objectif est d’obtenir un comportement de l’IA plus conforme à vos standards.

fine-tuning-de-llm

Source : https://reglo.ai/fine-tuning-llm/

4. Définir une charte IA

Réfléchir à un usage de l’IA acceptable ou non en entreprise est une priorité.

C’est une technologie nouvelle. Les collaborateurs qui l’exploitent n’ont pas forcément conscience des implications de leur usage.

A la fois personnellement et professionnellement.

A titre d’exemple, une utilisation inadéquate peut influencer négativement le raisonnement.

Voici les questions à vous poser :

  • Est-ce que vous avez réfléchi à mettre en place une charte d’usage de l’IA sur-mesure ?
  • Permet-t-elle de limiter les risques les plus importants liés à l’usage de l’IA ?
  • Est-ce que cette charte est alignée sur les valeurs prônées par l’entreprise ?
  • Avez-vous inclus une sensibilisation sur l’impact environnemental de l’IA ? Et donc, sur un usage raisonné de cette technologie ?
  • Avez-vous prévu un plan de communication pour diffuser cette charte ?

A titre d’exemple, la Métropole de Bordeaux a mis en place un « Un cadre éthique et responsable pour la métropole » pour une utilisation responsable de l’IA.

Vous pouvez le lire sur ce lien.

L’importance des valeurs :

Qu’est-ce qui peut restreindre un collaborateur (ou même un dirigeant) d’utiliser l’IA de façon non pertinente, voire nocive ?

C’est parce que cet usage est contraire aux valeurs défendues par l’entreprise.

Par exemple, si vous défendez la valeur de l’équité, vous n’autoriserez pas un outil d’IA qui génère des réponses discriminantes (tri de CV selon l’origine ethnique, etc.).

Encore faut-il formaliser les valeurs et la mission de l’entreprise en amont !

Vous pouvez utiliser la méthode « Golden Circle » de Simon Sinek pour réfléchir sur le « pourquoi » de votre organisation.

Source : moonseven-editing.com/golden-circle-content-marketing/

IA et Environnement :

Ce point est peu mis en avant.

Pourtant, des spécialistes et des organisations alertent sur l’impact de l’intelligence artificielle sur la planète.

C’est-ce qu’indique le Programme des Nations unies pour l’environnement.

Elle est due notamment à la consommation massive de ressources par les data-centers.

Une étude du collectif GeenIT estime que les impacts de l’intelligence artificielle sur l’environnement représenteront 62 % du budget annuel soutenable de l’Union européenne !

Etude du collectif GreenIA (2025)

Côté entreprise, une utilisation raisonnée de l’IA consiste à faire preuve de sobriété à l’usage.

Par exemple, est-ce raisonnable d’utiliser l’IA pour rédiger un court email ?

5. Accompagner et former

Evidemment, il est vivement conseillé de former et surtout d’accompagner les collaborateurs dans ce projet.

Voici les questions à vous poser :

  • Avez-vous prévu une formation spécifique et continue aux outils choisis ?
  • Avez-vous prévu un accompagnement au changement ?
  • Avez-vous planifié cet accompagnement dans le temps ?

L’humain a tendance à rejeter le changement.

Parfois à juste titre lorsque ce changement est nocif.

Avant d’accepter le changement, l’individu peut passer par 3 filtres qu’il faut bien gérer pour le dirigeant :

  • 1. La nécessité du changement : Est-ce que le changement est indispensable ?
    Si vous ne convainquez pas vos collaborateurs que le changement est indispensable, ils ne vont pas y adhérer. Pour cela, il faut rassembler les preuves que la situation actuelle doit changer.
  •  2. La pertinence des choix : Est-ce que les solutions ou moyens utilisés sont adaptés ?
    Même si les collaborateurs sont conscients de la nécessité de changer, ils ne seront pas forcément d’accord sur le « comment ». C’est-à-dire, sur la solution adéquate.
  • 3. L’intérêt personnel : Qu’est-ce que le changement implique sur l’individu ?
    L’égo est souvent (malheureusement) un élément clé dans la réflexion.
    Un exemple concret est le recyclage des déchets.
    Même si c’est une action bénéfique pour l’environnement, elle peut être perçue comme un effort supplémentaire que certains individus rejettent…

Alors comment dépasser cette résistance au changement ?

Voici quelques conseils pratiques :

  • Mettre en place une communication efficace et multilatérale : tous les collaborateurs doivent être consultés et impliqués par la direction en amont du projet.
  • Prendre son temps : le changement nécessite du temps. Il vaut mieux en perdre au début pour en gagner par la suite !
  • Être transparent sur l’avancement du projet : l’IA est un sujet complexe. S’il y a des échecs ou des imprévus, dites-le de façon honnête. C’est comme cela que vous gagnerez la confiance de tous.
  • Être à l’écoute du retour « terrain » : une fois le projet IA lancé, restez très attentifs aux feedbacks des collaborateurs. Il y a souvent un fossé entre la théorie et la pratique.
  • Conduire des formations et/ou un accompagnement en continu : Réaliser une formation de 2 ou 3 jours ne suffit pas pour être opérationnel dans le temps. A titre d’exemple, il s’est écoulé moins d’un mois entre la sortie du modèle GPT‑5.1 et GPT-5.2 !

6. Suivre et évaluer

Enfin, un suivi continu et rigoureux doit être mis en place.

Voici les questions à vous poser :

  • Avez-vous défini les indicateurs de performance du modèle : erreurs… ? (distinguer KPI à court terme et à long terme)
  • Testez-vous régulièrement les biais algorithmiques ?
  • Est-ce que les process et instructions (prompts) sont mis à jour selon le contexte ?
  • Avez-vous prévu un comité de gouvernance pour ce projet ?
  • Est-ce que les licences des outils sont effectivement utilisées ?

Une attention particulière doit être portée sur le taux d’erreur de l’IA.

Aussi, soyez vigilant sur l’utilisation réelle des licences et le paramétrage des outils.

Car vous n’êtes pas à l’abri que l’éditeur de l’outil (si vous avez fait le choix d’un LLM propriétaire comme OpenAI), change ses paramètres sans prévenir.

Exposant ainsi vos données internes à de potentielles fuites…

C’est là que vous comprenez l’intérêt d’un.e référent.e IA pour la supervision !

En conclusion

Décider d’implémenter l’intelligence artificielle en entreprise n’est pas une décision que vous devez prendre à la légère.

Comme une startup sur un nouveau marché, vous devez d’abord identifier et évaluer les risques inhérents à cette démarche.

L’IA est une technologie très utile dans des cas précis et bien encadrés.

Voici les deux principaux écueils lors de l’usage de l’IA :

  • Diffusion de biais cognitifs nocifs pour le raisonnement : biais d’autorité, de confirmation ou d’anthropomorphisme. Lisez cet article qui traite de ce sujet.
  • Contexte réel non maitrisé : un exemple très parlant du décalage entre la performance théorique de l’IA et l’efficacité sur le terrain est le domaine médical. Une étude de Oxford Internet Institute démystifie les capacités de l’intelligence artificielle face à de vrais patients.

Ces risques mettent en péril la pertinence des décisions prises en s’appuyant sur l’IA.

Pour conclure, gardez aussi à l’esprit que les géants de l’IA comme OpenAI et Google sont des sociétés à but lucratif.

Elles cherchent à vendre leurs solutions, au détriment de risques potentiels de sécurité et de conformité pour votre entreprise.

Je vous conseille vivement de garder une procédure « sans IA » pour parer à d’éventuelles dérives.

A l’image du pilotage automatique dans un avion que l’on peut désactiver à tout moment.

Enfin, n’hésitez pas à prendre contact pour vous former à l’IA responsable.

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