La stratégie (officieuse) d’OpenAI pour conquérir le Monde décryptée

28 Octobre 2025. OpenAI adopte officiellement la structure de Public Benefit Corporation (PBC).

Même si ce statut intègre un objectif d’intérêt public dans ses activités, cela permet surtout à la startup américaine une levée de fonds et une possible entrée en Bourse.

C’est un revirement total d’orientation. Car à sa création en 2015, OpenAI était une organisation à but non lucratif…

Dans cet article, je vous propose de nous immerger dans la stratégie d’OpenAI, l’une des sociétés les plus avancées au Monde sur l’IA.

Il ne s’agit pas de la stratégie officiellement communiquée par l’entreprise. Mais plutôt de la stratégie officieuse basée sur l’analyse de ses actions sur le terrain.

En voici les éléments clés :

1. Convaincre que l’IA est supérieure à l’intelligence humaine

C’est la clé de voûte de la stratégie d’OpenAI et d’autres géants de l’IA.

Pour cela, il suffit de s’appuyer sur la définition floue du mot-valise « intelligence artificielle ».

Un terme qui renvoie à un fantasme issu de la science-fiction. Celui d’humanoïdes aux capacités cognitives supérieures à l’Homme.

Pourtant, ChatGPT n’a rien d’intelligent (au sens réel du terme). Il effectue des calculs très complexes, notamment grâce aux techniques de deep learning.

Attribuer de l’intelligence à ChatGPT a l’énorme avantage de susciter et maintenir l’attention du public. Pour chaque nouveau modèle, les utilisateurs s’attendent à être bluffés par ses performances.

Pour approfondir les enjeux de la définition de l’IA, je vous invite à lire cet article détaillé.

Mais OpenAI va plus loin.

Elle présente le concept « d’intelligence artificielle générale » comme étant un objectif réalisable.

Cette théorie hypothétique présume que l’IA dépassera l’intelligence humaine dans tous les domaines.

Une superintelligence qui aurait un impact économique et sociétal considérable.

Alors qu’aucune preuve scientifique sérieuse ne vient étayer la véracité de ce concept…

L’entreprise américaine est épaulée dans cette communication par des relais médiatiques, économiques, politiques et autres.

En voici un exemple.

capture écran d’e la chaine d’une séquence sur LCI (Groupe TF1)

Fort heureusement, des personnalités indépendantes comme Alex Hanna pointent les fragilité des promesses de l’IA.

Un autre observateur accuse OpenAI de mensonges sur la capcité réelle de son modèle GPT-5, comme l »explique cette vidéo :

2. Légitimer les performances via des Benchmarks

C’est en lien direct avec le point précédent.

Il faut prouver que les modèles GPT sont intelligents et progressent à chaque nouvelle version.

Pour cela, rien de mieux que des études comparatives (ou benchmarks).

Mais sur quels critères ?

Des QCM et évaluation de références : médecine, mathématiques…

Les derniers modèles GPT atteignent ou dépassent les scores des humains.

Au-delà de la communication d’OpenAI, les résultats « impressionnants » des benchmarks sont relayés massivement par les médias et les influenceurs.

Dans la réalité, ces benchmarks sont critiquables sur au moins deux aspects :

  1. Les centres de recherche responsables des bechmarks sont pour beaucoup affiliés, voire gérés par OpenAI. Un risque de conflit d’intérêt évident…
  2. Les procédés utilisés dans ces analyses ne reflètent pas les vraies aptitudes de l’intelligence.
    Les analyses sont réalisées dans des conditions de « laboratoire ». Alors que le contexte réel est bien plus complexe et imprévisible.

Je vous invite à lire cet article sur les limites des benchmarks.

3. Privilégier l’engagement sur la sécurité et la pertinence

Quelle est la raison d’être d’OpenAI ?

C’est une question fondamentale lorsque l’on crée une nouvelle entreprise.

Si l’on regarde la page officielle de la firme, il s’agit de « veiller à ce que l’intelligence artificielle générale (AGI) profite à l’ensemble de l’humanité ».

Capture écran de la page openai.com/fr-FR/about/ – Novembre 2025

C’est tout à fait noble.

Est-ce que les actions et choix d’OpenAI sont alignés sur cette mission ?

On peut légitimement en douter lorsque l’on constate certaines décisions.

Par exemple, le fait d’autoriser les conversations érotiques pour les adultes n’a aucun lien avec « l’impact positif sur l’humanité ».

Ou proposer des styles de réponses dans les paramètres de son outil en ligne ChatGPT.

Est-ce prudent d’associer des tonalités comme « Chalereux » ou « Cynique », alors que l’interface est en libre accès ? Créant potentiellement une dépendance affective et influançant des individus fragiles ?

Screenshot de la page « Personnalisation » sur chatgpt.com (novemebre 2025)

Cela alors que plusieurs plaintes visent ChatGPT pour avoir encouragé des utilisateurs à mettre fin à leurs jours.

L’avocat de partie civile, Matthew P. Bergman cité par le Monde indique que l’objectif de ces plaintes est d’« établir la responsabilité d’un produit conçu pour flouter les frontières entre l’outil et le compagnon, au nom de la maximisation de l’engagement de l’utilisateur ainsi que des parts de marché ».

Ces cas traduisent l’effet pervers des biais cognitifs sur le raisonnement.

On peut aussi se poser la question de l’efficacité réelle de l’outil ChatGPT.

Permet-il de progresser effectivement dans le travail ou l’apprentissage ?

Si l’on prend l’exemple de l’apprentissage, des experts en pédagogie remettent en cause les gains pour l’éducation de ChatGPT.

Notamment en raison d’une utilisation inadaptée et de l’illusion de maitrise qui en résultent…

On peut observer un parallèle avec la stratégie de certaines sociétés comme Duolingo. Cette derrière excelle dans l’engagement et la rétention de ses utilisateurs grâce à la gamification.

L’utilisateur a l’impression d’apprendre une langue étrangère en se divertissant.

En réalité, l’apprentissage nécessite un investissement cognitif important.

Cette vidéo de Yann Leonardi explique bien cette stratégie.

4. Alimenter le « Grand Remplacement » du travail par l’IA

Régulièrement, OpenAI communique sur les emplois qui seront remplacés entièrement ou partiellement par l’IA.

Pour ce faire, la startup a lancé l’évaluation GDPval.

Il s’agit de mesurer les performances des modèles GPT sur des tâches du monde réel.

À l’automne 2025, OpenAI identifie 44 métiers particulièrement exposés à l’automatisation (totale ou partielle) par l’IA.

Pourtant, plusieurs experts contestent la pertinence de ces listes de métiers « remplaçables » par l’IA.

Plusieurs griefs sont mis en évidence :

  • Confusion entre « tâche » et « métier » : Remplacer une tâche n’implique pas la disparition du métier lui-même, notamment dans les professions à forte composante émotionnelle ou créative (infirmiers, enseignants, psychologues…).
  • Méthodologie du GDPval réductrice : À l’instar d’autres benchmarks, GDPval se concentre sur la capacité de l’IA à exécuter des tâches spécifiques. Mais qu’en est-il de la dimension humaine, sociale et relationnelle des métiers ?
    Le travail a une portée multidimensionnelle, il ne se limite pas à des processus automatisables.

Pourquoi cet empressement à communiquer sur ce remplacement du travail malgré les nombreuses lacunes de ces études ?

Vous l’aurez compris, c’est avant tout une stratégie de communication.

Derrière cette hypothétique disparition des métiers, ce sont les produits d’OpenAI qui sont mis en avant pour les entreprises.

Et si l’intelligence artificielle n’était pas simplement un outil, mais un moyen d’élimination du travail humain ? C’est l’avis d’un pionnier de l’IA, Geoffrey Hinton.

Pour les partisans de l’ultra capitalisme, le travail humain est un « coût » à supprimer…

OpenAI, un colosse aux pieds d’argile ?

Selon les statistiques, ChatGPT comptabilise 800 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires en septembre 2025 au niveau mondial.

Un gain rapide d’environ 400 millions d’utilisateurs entre début 2025 et septembre de la même année.

Source : https://nerdynav.com/chatgpt-statistics/

Est-ce que la firme américaine peut réussir son pari de rester leader mondial de l’IA générative ?

Car malgré ces performances, plusieurs menaces planent sur OpenAI.

La plus grave à date est le risque d’éclatement d’une bulle spéculative sur l’IA.

Des investissements qui se chiffrent à des centaines de milliards de dollars dans les sociétés d’IA (OpenAI en tête). Alors que le modèle économique reste fragile et que les retours sur investissement sont incertains.

L’autre menace vient de Chine. Le seul pays qui tient tête aux États-Unis en matière de technologies d’IA.

La Chine privilégie une autre stratégie : celle de l’IA ouverte (même si elle n’est pas totalement open source).

Une première douche froide pour les américains était la performance du modèle DeepSeek. Un outil gratuit et moins coûteux à développer.

Plus récemment, un autre champion chinois s’est invité dans la course en tête des modèles les plus performants : Kimi K2 Thinking.

Source : artificialanalysis.ai – Novembre 2025

Quelle attitude adopter face à la stratégie d’OpenAI ?

En tant que consommateur des produits d’IA, vous devez être vigilant et conscient des enjeux.

Car certains acteurs, à l’image d’OpenAI, ont choisi une vision « productiviste » de l’IA.

Les enjeux sociaux et environnementaux sont relégués au second plan.

Face à ce constat, les utilisateurs au niveau individuel ou collectif doivent prendre du recul. Voici quelques conseils :

1. Pour les Salariés :

Même si votre métier figure sur la « liste du grand remplacement » du travail par l’IA, ne paniquez pas !

Rappellez-vous que l’IA s’occupe de tâches spécifiques. Le travail implique souvent des compétences relationnelles et émotionnelles.

La stratégie d’OpenAI vise à promouvoir l’adoption de ses produits par les entreprises.

Certaines sociétés, à l’image de Klarna, avait remplacé une large partie de son service client par des chatbots IA. Mais constatant une baisse de la qualité du service client et des retours négatifs, elle a réembauché du personnel humain !

Cela traduit une surestimation des capacités de l’IA générative par le monde de l’entreprise.

Pour autant, se former aux outils d’IA est vivement conseillé. C’est le meilleur moyen de vous rendre compte de leurs capacités. Et voir par la même occasion leurs limites dans le contexte réel du travail.

2. Pour les Entreprises :

Dans ce contexte « d’IA mania », les entreprises ne veulent pas rater d’opportunités.

C’est tout à fait normal.

Par contre, il ne faut pas se précipiter. Une étude du MIT révèle que 95% des projets pilotes en IA génératives échouent

Il faut d’abord adapter les process de travail avant d’envisager l’intégration des outils d’IA.

Sans oublier de former les collaborateurs et gérer le management du changement.

Enfin, une étude intéressante plaide pour l’exploitation de modèles spécialisés au lieu de modèles généralistes (comme ChatGPT).

3. Pour les Étudiants / Apprenants :

Surtout, continuez à faire des études ! Ne tombez pas dans le piège de la dépréciation cognitive.

L’IA peut constituer un excellent assistant pour apprendre. Par exemple, avec l’outil NoteBookLM.

Par contre, il ne faut pas « sous-traiter » le processus d’apprentissage. Car vous ne ferez que survoler les concepts sans réellement les maitriser…

C’est ce que met en avant une autre étude du MIT avec le phénomène d’endettement cognitif lié à la dépendance à l’IA.

La conclusion des chercheurs est que les LLM augmentent la productivité immédiate. Par contre, ils induisent une baisse de la mémoire, de la pensée critique et de l’autonomie intellectuelle.

Finalement, un usage inadapté et précoce de l’IA nuit à l’apprentissage durable.

Attention également à la véracité des informations fournies par ChatGPT. Les modèles de langage sont sujets aux hallucinations.

Enfin, ce guide pertinent peut vous aider dans votre réflexion.

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