IA faible, IA forte, IA générale…
Autant d’attributs différents pour qualifier l’intelligence artificielle.
Alimentant la confusion sur les capacités réelles de l’IA.
Depuis l’avènement de ChatGPT et sa diffusion auprès du grand public, le domaine de l’intelligence artificielle est en pleine ébullition.
La concurrence acharnée entre les grands acteurs de l’IA s’accompagne d’une cacophonie sur les réelles capacités de ces outils.
Certains chercheurs esquissent l’idée d’une IA « consciente », s’appuyant sur des recherches récentes au sein de la société Anthropic (éditrice de l’outil Claude.ai).
Des recherches non indépendantes et dont le détail est peu compréhensible pour le grand public, tant les concepts utilisés sont complexes, voire obscurs.
En soi, les divergences sur les capacités de l’IA sont normales.
Néanmoins, en tant que citoyen averti, il est important de rester vigilant face aux discours sur l’IA. Car cela influe sur l’usage de cette technologie désormais ancrée chez une grande partie de la population.
Que des chercheurs ou des entreprises fantasment sur une super IA, pourquoi pas.
Le fait est que des relais influents (médiatiques, économiques ou politiques) martèlent ce message sans aucune preuve tangible…
Avec un impact évident sur la perception de l’IA par le grand public.
Et par conséquent, de son usage inconscient.
Qu’est-ce que l’IA réaliste ?
Face au constat décrit précédemment, je vous propose de nous orienter vers une autre voie, celle de l’IA réaliste.
Les systèmes d’IA sont très divers. L’IA réaliste vise à décrire les plateformes les plus utilisées aujourd’hui, comme ChatGPT ou Gemini.
L’objectif est de prendre du recul face à ce déluge d’informations sur l’IA et de regarder la réalité de ces outils loin de l’influence des lobbys.
Quelles sont les caractéristiques de l’IA « réaliste » ?
1. L’IA réaliste n’a pas de conscience.
Certains experts avancent que l’IA peut être dotée d’une conscience.
Au-delà des débats philosophiques sur ce qu’est la conscience, il n’y a aucun argument tangible qui appuie cette idée.
À contrario, l’argument phare qui invalide cette hypothèse est la présence continue des hallucinations et des biais dans les outils IA les plus sophistiqués.
C’est-à-dire, de réponses erronées, biaisées ou inventées.
Oui, les humains aussi peuvent « halluciner ». Mais notre conscience nous permet de nous reprendre face à des dérives manifestes et graves.
Ce n’est pas le cas de l’intelligence artificielle.
Les expériences menées sur le terrain militaire le démontrent clairement.
L’IA n’hésite pas à détruire massivement (sans considération pour la vie humaine) pour atteindre l’objectif assigné.
Voire même, à utiliser l’arme nucléaire quitte à anéantir toute l’humanité.
Alexander Blanchard et Laura Bruun ont publié une étude intitulée « Systèmes d’armes autonomes et systèmes d’aide à la décision basés sur l’IA pour le ciblage militaire ».
Et leur conclusion est sans appel : l’usage de l’IA dans la guerre est hautement risqué.
Ils identifient plusieurs dérives potentielles : erreurs de ciblage, biais et données erronées… engendrant des victimes civiles et des dégâts collatéraux considérables.
L’IA réaliste n’a donc pas de conscience. C’est un fait.
L’intelligence artificielle est amoral. Elle fait ce qu’elle est programmée à faire.
C’est à nous, humains, de rester conscients quand on utilise l’intelligence artificielle.
Je vous invite à lire cet article sur l’usage responsable de l’IA.

Source : Mahdi MESBAHI – Definition-ia.com
2. L’IA réaliste n’est pas surhumaine.
On entend de plus en plus parler d’Intelligence Artificielle Générale (IAG).
Le terme de « superintelligence artificielle » est aussi utilisé.
De quoi parle-t-on ?
Une IA qui dépasserait les meilleurs humains dans pratiquement tous les domaines cognitifs.
Là encore, aucune preuve de son arrivée prochaine. On est dans l’ordre de la conjecture.
Les benchmarks, souvent utilisés pour décrire « l’intelligence » d’un modèle de langage, ne font que mesurer des scores selon des protocoles spécifiques (mathématiques, médecine, etc.).

Exemple de benchmark « Intelligence Index » (source : artificialanalysis.ai)
Or, l’intelligence ne se limite pas à exceller dans des connaissances. C’est la faculté (surtout) de s’adapter à des situations réelles et des environnements complexes.
L’usage du terme « intelligence » dans l’IA est à l’origine de cette confusion générale.
L’IA réaliste nous rappelle qu’elle n’a rien à voir avec l’intelligence. C’est un système de calcul ultra-sophistiqué.
Comment alors parler de superintelligence ?
Ou peut-être que certains cercles ont tout intérêt à faire croire que l’IA dépasse l’intelligence humaine ?
3. L’IA réaliste est marchande.
En tant qu’utilisateur, on nous demande de payer pour accéder aux fonctionnalités avancées des outils IA.
C’est tout à fait logique.
Les sociétés d’IA doivent financer leurs investissements massifs. Et même avec des centaines de millions d’abonnés, elles doivent encore trouver de nouvelles recettes.
Et justement, cette réalité doit toujours rester dans l’esprit de l’utilisateur.
OpenAI, Google, Anthropic sont des sociétés à but lucratif.
Le glissement progressif d’OpenAI d’organisme non lucratif vers une société commerciale illustre cela.
Ce constat justifie la prudence face aux discours de ces firmes.
Les valeurs morales sont-elles au-dessus des considérations économiques dans leurs décisions ?
Par ailleurs, d’autres initiatives émergent pour défendre par exemple une IA sociale et solidaire.
Ou des outils open-source et gratuits.
Mais elles sont aujourd’hui marginales, faute de moyens et d’appui politique…
4. L’IA réaliste est (très) polluante.
Derrière les écrans de ChatGPT ou Gemini, il y a une immense infrastructure technologique polluante.
C’est un fait indéniable.
Ce sont notamment les data centers (centres de données) qui impactent l’environnement.
Pour fonctionner, ils requièrent une forte consommation d’électricité et d’eau pour le refroidissement des serveurs.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation d’électricité des data centers dans le monde pourrait plus que doubler, passant de 415 TWh en 2024 à environ 945 TWh en 2030.
L’IA est le principal moteur de cette hausse.
Une autre étude, publiée par Xiao et al. dans Nature Sustainability, montre aussi que les impacts énergétiques, hydriques et climatiques des serveurs d’IA vont fortement augmenter aux États-Unis d’ici 2030.

Source : https://basta.media/
Dans le même temps, les canicules et les sécheresses se multiplient…
Mais il n’y a pas que les centres de données.
L’extraction intensive des terres rares et métaux nécessaires aux puces et équipements est un autre effet de bord de l’industrie de l’IA.
La croissance exponentielle de l’IA a fait aussi exploser la demande en semi-conducteurs (très consommateurs d’eau et d’électricité). Créant au passage des tensions géopolitiques majeures pour l’accès à ces ressources.
Il faut donc avoir cette réalité en tête avant de générer une image « juste pour le plaisir ».
5. L’IA réaliste n’est pas universelle ou neutre.
Est-ce que ChatGPT a des réponses universellement admises par l’ensemble de la population mondiale ?
Évidemment que non…
Les grands modèles de langage (terme technique donné aux outils comme ChatGPT) reflètent l’idéologie de leurs créateurs.
C’est le résultat d’une étude parue sur le site Nature.com

Source : étude publiée sur nature.com
Est-ce vraiment étonnant ?
Rappelons que les outils IA sont entraînés sur des corpus de données.
Les outils américains tels que ChatGPT ou Gemini ont puisé leur « inspiration » dans le Web américain, en premier lieu.
D’ailleurs, il n’y a pas de transparence sur les données effectivement utilisées.
Les systèmes IA ont donc des orientations : politiques, culturelles ou idéologiques.
Gardez cela en tête lorsque vous posez des questions sur ces sujets. Au risque d’en subir les biais cognitifs collatéraux.
Et vous, quel est le terme que vous préconisez pour décrire l’IA actuelle ?